La Cour suprême du Brésil sous pression pour décider du sort de Lula

Le Brésil était suspendu mercredi à un jugement crucial de la Cour Suprême (STF), soumise à de fortes pressions au moment de décider si Lula ira en prison dans les prochains jours, à six mois de la présidentielle pour laquelle l’icône de la gauche est donné favori.

Condamné en appel à 12 ans et un mois de prison pour corruption, l’ex-président Luiz Inacio Lula da Silva, 72 ans, espère que la plus haute juridiction du pays lui concèdera un « habeas corpus » pour qu’il reste en liberté jusqu’à l’épuisement de tous les recours.

La session doit débuter à 14h00 (17h00 GMT) et les onze juges du STF sont appelés à se prononcer l’un après l’autre, lors d’un vote qui s’annonce particulièrement serré.

Dès les premières heures de la matinée, toutes les rues adjacentes du siège de la Cour suprême ont été bloquées.

De lourdes grilles de fer ont été installées pour séparer les manifestants pro et anti-Lula attendus au cours de la journée.

Mardi soir, plusieurs dizaines de milliers d’opposants à Lula sont descendus dans les rues de la plupart des grandes villes brésiliennes, notamment à Sao Paulo et Rio de Janeiro.

S’il obtient gain de cause, l’ex-président (2003-2010) pourra faire campagne et miser sur un allongement considérable de la procédure, qui pourrait s’étirer des mois durant devant les instances supérieures.

Dans le cas contraire, plus aucun obstacle ne le séparerait de la prison et il pourrait se retrouver très prochainement derrière les barreaux.

Le général Eduardo Villas-Boas, chef de l’armée brésilienne, a publié sur Twitter un message dans lequel il indique que les militaires « partagent le sentiment des Brésiliens qui répudient toute impunité ».

Même si elle ne fait pas référence explicite à Lula, cette publication laisse entendre une rare prise de position de l’armée, dans un pays qui vivait encore sous le joug de la dictature militaire (1964-1985) il y a une trentaine d’années.

Le ministre de la Défense Joaquim Silva e Luna a néanmoins expliqué au journal O Globo que la message du général ne signifiait aucunement l’intention d’un « usage de la force ».

Mais ce message a fait écho auprès de Jair Bolsonaro, député d’extrême droite qui figure en deuxième position des intentions de vote derrière Lula, qui a répondu dans un tweet: « nous sommes avec vous général ».

Lundi, la présidente du STF Carmen Lucia a lancé un appel au calme.

« Il nous faut de la sérénité pour que les différences idéologiques ne soient pas source de désordre social (…) et en finir avec un contexte de violence », a-t-elle affirmé.

« Mercredi, c’est le jour J de la lutte contre la corruption », a publié récemment sur Twitter Daltan Dallagnol, procureur chargé de l’opération « Lavage-Express », enquête tentaculaire qui a déjà conduit des dizaines d’hommes politiques de tous bords sous les verrous.

Lula est accusé d’avoir reçu un triplex en bord de mer en guise de pot-de-vin de la part d’une entreprise de bâtiment en échange de faveurs dans l’obtention de marchés publics.

L’ex-président nie farouchement, invoquant l’absence de preuves et dénonçant un complot visant à l’empêcher de briguer un troisième mandat.

Une décision de la Cour suprême datant de 2016 stipule que toute peine de prison peut commencer à être purgée dès la condamnation en seconde instance, ce qui est le cas pour Lula, dont le premier recours a été rejeté par une cour d’appel fin janvier.

Mais un jugement favorable en ce qui concerne la demande d’habeas corpus pourrait changer la donne et faire jurisprudence, permettant en théorie à tous les condamnés de rester en liberté jusqu’à l’épuisement de tous les recours.

Les avocats de Lula considèrent au contraire que l’habeas corpus doit être concédé au nom de la présomption d’innocence, un argument réfuté mardi par la procureure générale de la République, Raquel Dodge.

Pour elle, le fait de devoir attendre que tous les recours soient épuisés est « une exagération qui anéantit le système judiciaire », les procédures pouvant durer plusieurs mois, voire des années.

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